LE CRI DE L'OKAVANGO

Publié le par lanoenoire

 

Le cri de l’Okavango :

 

Les photos ou films que l’on rapporte de ses voyages, racontent des paysages, parfois des histoires. Ce sont de merveilleux supports à notre mémoire, surtout lorsque les faits commencent à dater. C’est pourtant ailleurs que se nichent souvent les souvenirs les plus puissants. Précisément dans tout ce que l’on ne voit pas. Les odeurs, la chaleur (ou le froid) et les sons. Pour moi, l’Okavango à un cri et ce cri est l’appel strident de l’aigle pêcheur. 

 

Partout sur les rives, perchés au sommet des grands arbres qui en ombragent les berges, des aigles pêcheurs attendent, en leur sobre costume noir et blanc. Parfaite harmonie de cette Afrique australe qui a tant de mal à accorder ses enfants. Un corps et des ailes noirs, une tête et un buste blancs. C’est la façon dont vont les choses ici.

 

Les riverains de l’Okavango ont une belle habitude : ils nourrissent les aigles. C’est même une des activités favorites de ces gens qui ont peu à se soucier des tâches ménagères si consommatrices de temps. Ici, dès lors que l’on est pas pauvre (c’est à dire pour nous, carrément indigent), on a tout un staff de boys et maids qui pourvoient à tout ce qui est chiant chez nous : la cuisine, le ménage, la lessive, la vaisselle, les lits ,… et j’en passe. Autant dire que ça laisse du temps pour aller à la pêche. D’autant que la rivière est sacrément poissonneuse et qu’il faut rarement tremper sa ligne plus de cinq minutes pour attraper un de ces petits poissons chat ou tigre, voire un tilapia à trois points ou une brème. Il en faut toujours deux, car les aigles vont par paires. Vous appelez celui que vous voyez le plus proche de vous, en imitant plus ou moins habilement son cri et lui lancez un poisson dans lequel vous avez pris soin de rentrer, par la bouche, une tige de papyrus, afin qu’il flotte. Lloyd (notre hôte, ancien chasseur de crocs, aujourd'hui guide)a une technique très particulière pour tuer les poissons avant de les empaler de la sorte : il les mord à la jonction de la tête et du corps. Crac !...Gloups !

 

DSCN1477 2À peine notre bel oiseau est-il reparti, proie en serre, déguster ce délicieux présent au sommet de son perchoir, qu’il appelle son ou sa compagne pour participer à ces agapes offertes. C’est alors, qu’arrivant de nulle part, plane en cercles concentriques au dessus de nos têtes, le partenaire attendant son dû. Il ne faut jamais décevoir un aigle, ni tout autre animal d’ailleurs. Un second poisson, un second tronçon de tige de papyrus, un second lancer et, un second moment d’indicible beauté, quand le majestueux seigneur des lieux vient saisir, en une fraction de seconde d’une précision millimétrique, la dîme des manants qui colonisent le sol de son vaste territoire.

Puis, à nouveau ce cri, lancé cette fois à deux, du haut de leurs frondaisons, comme un merci hautainjeté au vil peuple d’ici bas.

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L’autre cri de l’Okavango, celui qui rythme le jour comme la nuit, de ses accents rauques et profonds est indéniablement le cri de l’hippo. Il couvre tous les autres, s’entend à des kilomètres tant il est grave et jaillit parfois tout près, parfois très lointain mais toujours imposant une sorte de respect mêlé de crainte car l’hippo est véritablement le seigneur du fleuve, celui que tous redoutent, tant le jour que la nuit. Irascible et puissant, il renverse les embarcations qui ont l’outrecuidance de s’approcher trop près et moustique excepté, on lui doit le plus grand nombre de décès par attaque d’animaux sauvage sur tout le continent africain.

 

 

Tout le monde redoute l’hippo. Ici, on attrape les crocs à la main quand ils sont petits, au lasso quand ils sont plus gros. Les big ones, on s’en approche en fast-boat et on se contente de les regarder, le plus près possible, jusqu’à ce qu’ils plongent pour échapper tant à notre regard inquisiteur qu’à l’oeil cyclopéen de nos caméras. On les élève tels du vulgaire bétail en fermes. On peut même plonger avec eux. C’est ce qu’ont fait les courageux plongeurs avec qui nous avons passé ces deux semaines. Chaque jour, ils ont affronté le courant violent de l’Okavango et la fraicheur de ses eaux pour se porter, sous l’eau, au devant des crocos. Mais l’hippo, c’est autre chose. Il laisse ses traces partout. Empreintes géantes et profondes de ses pas dans la terre meuble, bouses projetées sur tous les troncs d’arbres rencontrés afin de bien marquer son territoire. Ses cris envahissent l’air dense de la nuit, rythment les heures de la journée comme une horloge vaguement menaçante et invisible. Partout il est et il peut surgir de nulle part. Un seul conseil si un hippo renverse votre barque : plonger sous l’eau et atteindre la rive le plus silencieusement possible, puis se cacher dans les hautes herbes sans bouger… en espérant ne pas y rencontrer un croco ou un serpent, forcément venimeux (c’est l’Afrique quand même !). Et croiser les doigts pour que les hippos ne soient pas plusieurs…

 

PS : j'essaierai de mettre en ligne une petite vidéo sur le sujet, mais j'ai qq pbs de connexion....

 

Publié dans Botswana

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le borgne gaëlle 01/09/2011 21:51


Contente de retrouver la plume de notre dame Myriam!